Günter Grass: Lo que hay que decir – Ce qui doit etre dit

Le Grand Soir:

Lo que hay que decir

 Günter Grass

 nacido en Dánzig, 16 de octubre de 1927

escritor y artista casubo alemán

 galardonado con el Premio Nobel de Literatura en 1999

* * *

Por qué guardo silencio, demasiado tiempo,

sobre lo que es manifiesto y se utilizaba

en juegos de guerra a cuyo final, supervivientes,

solo acabamos como notas a pie de página.

Es el supuesto derecho a un ataque preventivo

el que podría exterminar al pueblo iraní,

subyugado y conducido al júbilo organizado

por un fanfarrón,

porque en su jurisdicción se sospecha

la fabricación de una bomba atómica.

Pero ¿por qué me prohíbo nombrar

a ese otro país en el que

desde hace años —aunque mantenido en secreto—

se dispone de un creciente potencial nuclear,

fuera de control, ya que

es inaccesible a toda inspección?

Posted Image

El silencio general sobre ese hecho,

al que se ha sometido mi propio silencio,

lo siento como gravosa mentira

y coacción que amenaza castigar

en cuanto no se respeta;

“antisemitismo” se llama la condena.

Ahora, sin embargo, porque mi país,

alcanzado y llamado a capítulo una y otra vez

por crímenes muy propios

sin parangón alguno,

de nuevo y de forma rutinaria, aunque

enseguida calificada de reparación,

va a entregar a Israel otro submarino cuya especialidad

es dirigir ojivas aniquiladoras

hacia donde no se ha probado

la existencia de una sola bomba,

aunque se quiera aportar como prueba el temor…

digo lo que hay que decir.

¿Por qué he callado hasta ahora?

Porque creía que mi origen,

marcado por un estigma imborrable,

me prohibía atribuir ese hecho, como evidente,

al país de Israel, al que estoy unido

y quiero seguir estándolo.

¿Por qué solo ahora lo digo,

envejecido y con mi última tinta:

Israel, potencia nuclear, pone en peligro

una paz mundial ya de por sí quebradiza?

Porque hay que decir

lo que mañana podría ser demasiado tarde,

y porque —suficientemente incriminados como alemanes—

podríamos ser cómplices de un crimen

que es previsible, por lo que nuestra parte de culpa

no podría extinguirse

con ninguna de las excusas habituales.

Lo admito: no sigo callando

porque estoy harto

de la hipocresía de Occidente; cabe esperar además

que muchos se liberen del silencio, exijan

al causante de ese peligro visible que renuncie

al uso de la fuerza e insistan también

en que los gobiernos de ambos países permitan

el control permanente y sin trabas

por una instancia internacional

del potencial nuclear israelí

y de las instalaciones nucleares iraníes.

Solo así podremos ayudar a todos, israelíes y palestinos,

más aún, a todos los seres humanos que en esa región

ocupada por la demencia

viven enemistados codo con codo,

odiándose mutuamente,

y en definitiva también ayudarnos.

Traducción de Miguel Sáenz

Le Grand Soir:

Ce qui doit etre dit

Günter Grass

écrivain et artiste allemand

né le 16 octobre 1927 à Danzig

prix Nobel de littérature 1999

Pourquoi me taire,

pourquoi taire trop longtemps ce qui est manifeste,

ce à quoi l’on s’est exercé dans des jeux de stratégie au terme desquels

nous autres survivants sommes tout au plus des notes de bas de pages.

C’est le droit affirmé à la première frappe

susceptible d’effacer un peuple iranien

soumis au joug d’une grande gueule

qui le guide vers la liesse organisée,

sous prétexte qu’on le soupçonne,

dans sa zone de pouvoir,

de construire une bombe atomique.

Mais pourquoi est-ce que je m’interdis

de désigner par son nom cet autre pays

dans lequel depuis des années,

même si c’est en secret,

on dispose d’un potentiel nucléaire

en expansion mais sans contrôle,

parce qu’inaccessible a toute vérification ?

Le silence général sur cet état de fait silence

auquel s’est soumis mon propre silence,

pèse sur moi comme un mensonge

une contrainte qui s’exerce

sous peine de sanction en cas de transgression ;

le verdict d’”antisémitisme” est courant.

Mais à présent,

parce que de mon pays,

régulièrement rattrapé par des crimes qui lui sont propres,

sans pareils,

et pour lesquels on lui demande des comptes,

de ce pays-là,

une fois de plus,

selon la pure règle des affaires,

quoiqu’en le présentant habilement comme une réparation,

de ce pays, disais-je,

Israël attend la livraison d’un autre sous-marin

dont la spécialité est de pouvoir orienter

des têtes explosives capables de tout réduire à néant

en direction d’un lieu où l’on n’a pu prouver l’existence

ne fût-ce que d’une seule bombe atomique,

mais où la seule crainte veut avoir force de preuve,

je dis ce qui doit être dit.

Mais pourquoi me suis-je tu jusqu’ici ?

Parce que je pensais que mon origine,

entachée d’une tare à tout jamais ineffaçable,

 m’interdit de suspecter de ce fait,

comme d’une vérité avérée,

le pays d’Israël,

auquel je suis lié et veux rester lié.

Pourquoi ai-je attendu ce jour pour le dire, vieilli,

et de ma dernière encre :

La puissance atomique d’Israël

menace une paix du monde déjà fragile ?

Parce qu’il faut dire, ce qui, dit demain,

pourrait déjà l’être trop tard ;

et aussi parce que nous – Allemands,

qui en avons bien assez comme cela sur la conscience –

pourrions fournir l’arme d’un crime prévisible,

raison pour laquelle aucun des subterfuges habituels n’effacerait notre complicité.

Et admettons-le :

je ne me tais plus,

parce que je suis las de l’hypocrisie de l’Occident ;

il faut en outre espérer que beaucoup puissent se libérer du silence,

et inviter aussi celui qui fait peser

cette menace flagrante à renoncer à la violence

qu’ils réclament pareillement un contrôle permanent et sans entraves

du potentiel nucléaire israélien

et des installations nucléaires iraniennes

exercé par une instance internationale

et accepté par les gouvernements des deux pays.

C’est la seule manière dont nous puissions les aider tous,

Israéliens, Palestiniens,

plus encore, tous ceux qui,

dans cette région occupée par le délire

vivent côte à côte en ennemis et puis aussi,

au bout du compte, nous aider nous-mêmes.

Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni

Acerca de olivia2010kroth

Escritora y periodista: Pravda
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